On est déjà à moitié des épisodes sur les arcanes majeurs, c’est ouf ! Et cette moitié, c’est assez drôle, j’avais jamais remarqué avant, mais elle arrive avec la lame de la Justice. Quand je te dis que c’est drôle c’est parce que me vient en tête l’expression “la justice qui tranche”. Genre la carte arrive et se pose là pour trancher les arcanes majeurs en deux groupes. Blah !

Et aussi le fait que la carte de la justice, avec sa balance, représente l’équilibre un peu. Elle prend la tête de la deuxième moitié des majeurs, qui la suivent sans broncher !

Hé ouais, j’avais jamais tilté ça, probablement parce que j’utilise peu mes Majeurs dans l’ordre, et que de toute façon, ce que tu croyais obvious, continuera à te surprendre encore et encore dans la vie ! Surtout avec le tarot !

Je trouve que la justice est une lame largement sous-côtée. C’est d’ailleurs souvent qu’on me demande pourquoi y’a la justice et le jugement dans les majeurs, comme s’ils étaient co-dépendants ! Hell no !

C’est aussi une carte un peu mal-aimée, probablement mal comprise, un peu trop droite dans ses bottes. Moi-même je l’ai longtemps laissée de côté. Et d’ailleurs ce voyage au coeur des arcanes me permet de re-rencontrer certaines lames avec lesquelles je n’avais pas bien fait les présentations. Et l’arcane XI fait partie de celles-ci.

Tu l’auras compris, dans cet épisode de Tarot Bistrot, on va parler de justice et son contraire, accompagné par les énergies … de la Justice !

Mais avant, la barmaid te propose un cocktail détonnant qui se boit pas vraiment !

Et la DJ, elle reste dans la team Eddie Munson avec un p’tit classique de Metallica !

Mais qu’est-ce qu’elle veut, elle, à se tenir là, droite comme un i, manifestement assise sur un manche à balais ! Enfermée etre ses deux colonnes en pierre, engoncée dans une robe bien trop lourde pour elle. C’est quoi cette justice ultra inflexible qui ne cligne même pas des yeux ?

Si souvent on a tendance à représenter la justice aveugle, entravée par un bandeau sur les yeux, mais dans mon Rider-Waite-Smith, elle ne l’est pas, et elle regarde bien droit devant elle, face à toi, pour te questionner, t’interroger sur ton sens de la justice. C’est quoi la justice pour toi ? Te sens-tu juste ?

Tu connais la suite, je suis allée demander votre avis sur instagram pour avoir votre vision de la justice…

Quand je pense Justice, je me rappelle d’une phrase que m’a dite ma prof de droit en Master : “La Justice n’est pas juste”. Ça avait profondément marqué le verseau assoiffé d’égalité et de révolution en moi. Mais elle avait raison au fond.

En fait, je me rends compte que plus je la regarde, parce que oui, quand j’écris et j’enregistre un épisode de Tarot Bistrot, je sors la carte qui est au coeur de la discussion. Donc plus je la regarde, plus je me dis que c’est pas de justice dont elle parle, mais tout au contraire d’injustice.

Je sais pas si tu as déjà vu passer sur internet ce petit dessin où on voit un mec grand, un mec moyen et un mec petit debout chacun sur une caisse en bois qui essaient de regarder de l’autre côté d’un mur. Le grand dépasse largement, le moyen est pile-poil et le petit ne voit rien. En bas il est écrit “égalité”. Et puis juste à côté on a un deuxième strip avec ces trois mêmes bonhommes, on a donné la caisse du grand type au plus petit pour qu’il puisse voir de l’autre côté du mur, et le moyen est toujours debout sur la sienne. En bas est écrit le mot équité

Du coup dans la 1re image, tout le monde a sa caisse en bois de la même taille, et ils sont tous trois traités de manière égale. Dans la seconde image, on répartit les caisses en bois de manière à ce que celui qui en a le plus besoin puisse en avoir plus, c’est l’équité. Mais dans ces deux cas, on a un obstacle de base qui casse les bonbons à la plupart des gens.

Et puis parfois, on voit une troisième image qui va avec, où il n’y a même plus de mur, ce qui fait que plus personne n’a besoin de caisse. Au lieu de traiter également ou équitablement les 3 types on a carrément démoli la raison pour laquelle il y a pu avoir une inégalité. C’est la justice.

A mon sens la justice ne peut être individualiste, mais doit être systémique. Elle doit être portée collectivement par un état, et appliquée à tou.te.s de la même manière. Elle doit permettre de se sentir protégé.e et soutenu.e, quelle que soit la situation. Elle doit effacer tout ce qui crée de l’injustice, faire disparaître les murs et obstacles qui séparent les personnes.

C’est très métaphorique ce que je dis là et probablement un brin utopiste, mais c’est la seule et unique façon, à mon avis, pour que les humain.e.s puissent vivre libres, égaux et adelphes. Bon, dans les faits, je ne sais pas encore bien comment faire, comment on pourrait appliquer cet idéal, mais je crois qu’en déconstruisant chaque jour un peu plus les murs qui créent l’injustice, on pourrait y arriver.

En faisant des recherches pour cet épisode, je suis tombée sur un texte incroyable qui s’appelle “La justice n’est pas juste”. Donc ma prof de droit n’était finalement pas la seule à le dire. C’est écrit par Modelesques, et je crois qu’il me parait important de le mettre en voix ici.

“La justice en elle-même n’est même pas juste. Elle, qui a été créée par des humains, pour les humains a également hérité de caractères humains. Si la justice était réellement juste, alors pourquoi des criminels sont encore hors des cages ? Pourquoi sont-ils toujours en liberté, souriant et profitant de la vie alors qu’ils l’ont enlevée à d’autres ? Pourquoi sont-ils toujours dans les rues, pourquoi ont-ils toujours droit de vivre normalement comme tout humain sur Terre ?

Si la justice était réellement juste, alors pourquoi des innocents sont eux à l’intérieur de ces maudites cages ? Pourquoi passent-ils leurs jours entre quatre putains de murs gris et fades, sombres et crades, pourquoi ces murs représentent-ils étrangement leurs émotions maussades ? Pourquoi devraient-ils payer pour quelque chose qu’ils n’ont même pas consommé ? Pourquoi devraient-ils purger une putain de peine pour quelqu’un qui n’en a visiblement aucune pour laisser quelqu’un ruiner sa vie à sa place ?

Si la justice était réellement juste, alors pourquoi laisse-t-on nos sentiments l’influencer ? Pourquoi est-ce qu’un meurtrier ayant vengé quelqu’un de cher a son coeur devrait être sanctionné plus faiblement que les autres ? Pourquoi est-ce qu’un voleur ayant volé une centaine de fruits et légumes simplement afin de se nourrir devrait être sanctionné plus faiblement que les autres ? Pourquoi est-ce que quelqu’un de mentalement instable ayant fait quelconque mal à quelqu’un devrait être sanctionné plus faiblement que les autres ? Plus faiblement ? Plus normalement ? Ou… peut-être… plus… Humainement ?

N’est-il pas marrant à quel point la loi peut facilement changer en dépit de la situation ? Elle vacille, bascule, ne tient même pas debout sur ses pieds, et on attend d’elle à ce qu’elle arrive à tenir une nation toute entière.

La loi, à la base, n’est pas là pour nous être favorable ou défavorable, mais pour séparer le mal du bien et rendre le bien aux bons et le mal aux mauvais. Néanmoins, puisque cette loi a été inventée, pensée, écrite et gérée par des humains, elle a alors aussi pris une apparence humaine. Elle est devenue notre marionnette, notre propre poupée, quelque chose que l’on peut manier, avec laquelle nous pouvons jouer, quelque chose que l’on peut manipuler à notre guise simplement parce que l’on peut. Et oui, on le peut.

Les humains ne sont pas justes. Les humains sont tristes, amoureux, heureux, gentils, méchants, rancuniers, bienveillants, miséricordieux, généreux, vicieux. Les humains ne sont que des émotions matérialisées, des émotions sur pattes incapables de ne penser ne serait-ce qu’une seconde sans faire appel à leurs sentiments.

Ainsi, si nous voulions que la loi soit juste, que la justice soit juste, il faudrait tout d’abord que l’humain le soit. Parce que l’humain pense d’abord avec son coeur plutôt qu’avec sa tête, à ce qu’il ressent plutôt que ce qu’il comprend, il la maniera toujours de la manière dont il l’entend.

Alors, avant de blâmer cette grande et majestueuse loi, blâmez d’abord ceux qui osent la façonner, puis blâmez-vous vous-mêmes pour avoir fait appel à vos émotions plutôt qu’à vos réflexions en blâmant d’abord la marionnette au lieu de lever ne serait-ce qu’un oeil vers ceux qui tiennent en haut les ficelles.”

C’est donc bien à nous qu’il appartient de nous indigner, de nous révolter, de nous soutenir les un.e.s les autres, de descendre dans les rues et de réclamer justice, de réaliser nos privilèges et de donner les caisses en bois dont on a pas besoin à celleux qui le nécessitent le plus. C’est à nous de faire tout ça pour celleux qui ne le peuvent pas, celleux qui n’ont jamais pu, celleux qui ne pourront plus. A nous de créer un monde, si ce n’est juste, au moins plus juste qu’il n’est actuellement.